À mesure que le Décret Tertiaire entre dans une phase d’application plus opérationnelle, la question de la mise en conformité devient centrale pour l’ensemble des acteurs de l’immobilier tertiaire.
Dans ce contexte, l’atteinte des objectifs repose sur une articulation fine entre les actions menées par les locataires et celles portées par les propriétaires. Cette complémentarité est déterminante, car la performance énergétique d’un bâtiment dépend autant de ses caractéristiques techniques que de ses conditions d’usage.

Côté locataire : une maîtrise fine des usages comme premier levier de performance
Les locataires occupent une position stratégique dans l’équation énergétique des bâtiments tertiaires. Leur rôle dépasse largement la simple occupation des espaces, dans la mesure où ils influencent directement les niveaux de consommation à travers leurs usages quotidiens.
La première étape consiste à mieux comprendre ces consommations. La mise en place d’outils de suivi, qu’il s’agisse de sous-comptage ou de tableaux de bord énergétiques, permet d’identifier précisément les postes les plus énergivores et de détecter les éventuelles dérives. Cette visibilité est essentielle pour inscrire les consommations dans une trajectoire cohérente avec les objectifs déclarés sur la plateforme OPERAT.
Au-delà des outils, la question des comportements reste structurante. L’adaptation des usages, notamment à travers la sensibilisation des collaborateurs, constitue un levier immédiat et souvent sous-exploité. La gestion des horaires d’occupation, l’extinction des équipements en période d’inactivité ou encore une utilisation plus raisonnée des systèmes de chauffage et de climatisation permettent d’obtenir des gains significatifs sans investissement lourd.
Par ailleurs, les locataires disposent également de marges de manœuvre sur leurs équipements et leurs aménagements intérieurs. Le renouvellement progressif des équipements énergivores, l’optimisation de l’éclairage ou encore une meilleure valorisation de la lumière naturelle contribuent à réduire durablement l’intensité énergétique des espaces occupés.
Enfin, la performance énergétique ne peut être atteinte sans une forme de coopération avec le bailleur. Le partage de données, la coordination des actions et l’intégration de clauses environnementales dans les baux permettent d’aligner les objectifs techniques et les usages réels. Cette logique de co-responsabilité devient progressivement la norme dans les immeubles tertiaires les plus performants.
Côté propriétaire : structurer une stratégie globale et agir sur le bâti
Du côté des propriétaires, les leviers d’action sont à la fois plus structurants et plus capitalistiques. Leur responsabilité porte sur la capacité à inscrire les actifs dans une trajectoire de performance compatible avec les exigences du Décret Tertiaire, tout en préservant leur valeur sur le long terme.
Un premier axe fondamental réside dans le pilotage énergétique des bâtiments. Le déploiement de systèmes de Gestion Technique du Bâtiment (GTB) permet aujourd’hui d’assurer un suivi en continu des consommations et d’optimiser le fonctionnement des équipements techniques. Ces dispositifs, qui s’inscrivent dans le cadre du décret BACS, offrent une capacité d’ajustement en temps réel et facilitent l’identification rapide des anomalies, réduisant ainsi les risques de dérive.
Cependant, l’efficacité de ces outils repose sur la qualité de la donnée. La fiabilisation des informations énergétiques, notamment via la plateforme OPERAT gérée par l’ADEME, constitue un enjeu central. Le choix d’une année de référence pertinente, l’ajustement des intensités d’usage et la consolidation des données à l’échelle du portefeuille permettent de construire une trajectoire crédible.
En parallèle, les propriétaires doivent engager des programmes de travaux ciblés. L’amélioration de l’enveloppe du bâtiment, la modernisation des systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation, ou encore l’intégration d’énergies renouvelables (production photovoltaïque) sont autant d’actions structurantes. Ces investissements doivent être priorisés sur la base d’analyses technico-économiques, afin d’optimiser le couple coût/performance et d’éviter des dépenses inefficaces.
Rappelons que les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) constituent aujourd’hui l’un des principaux leviers de financement mobilisables par les propriétaires pour engager des travaux de rénovation énergétique dans le cadre du Décret Tertiaire. Leur logique est simple : faire financer une partie des travaux par les acteurs de l’énergie, afin d’accélérer la réduction des consommations.

Au-delà des aspects techniques, le Décret Tertiaire impose une évolution des pratiques de gestion d’actifs. La performance énergétique devient un critère déterminant dans les décisions d’arbitrage, qu’il s’agisse de conserver, de rénover ou de céder un actif. Elle influence également les valorisations, en intégrant désormais un risque réglementaire explicite.





